vendredi, avril 28, 2017

Hurricane by Bob Dylan

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Ce sujet a 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour par  LK, il y a 2 mois et 3 semaines.

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    LK
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    salut tout le monde (genre ya grave du monde lol).

    Un petit retour sur l histoire de Rubin Carter, un texte croisé entre l enquete policiere et le texte de bob dylan. j’y ai appris quelques trucs que j ignorais, je partage ca avec vous. Les plus anciens apprecieront surement, pour les plus jeunes fan d action, de strass et de paillettes, d autres sujets plus punchy arriveront plus tard.

    source: culture boxe, article de Nicolas Zeisler

    bobdylan-hurricane-722record-83165</p>
    <p style= »text-align: justify; »>En 1974, Rubin « Hurricane » Carter, ancien challenger au titre des moyens (28 victoires dont 19 KO pour 12 défaites), publie son autobiographie : Le 16<sup>ème</sup> round.  Cela fait huit ans qu’il moisit derrière les barreaux, accusé avec son compère John Artis, du meurtre de trois blancs dans un bar de Patterson survenu en juin 1966. Les deux hommes ont beau nier mordicus et dénoncer une décision de justice qui leur ferait porter le chapeau en raison de leur couleur de peau, rien n’y fait. En désespoir de cause, Carter envoie son pavé à Bob Dylan, roi de la folk, boxeur à ses heures et connu pour ses engagements sociaux. Bonne pioche : quelques mois plus tard, Dylan rencontre l’ancien champion au parloir du pénitencier de Rahway, à Woodbridge, New Jersey. Un coup de foudre mutuel. Carter : « Nous avons parlé pendant de longues heures et j’ai senti que j’avais affaire à un frère ». Un frère sur la même longueur d’onde. Dylan : « J’ai compris qu’on avait la même philosophie ; c’est rare de faire ce genre de rencontre ». Dans la foulée, Bob Dylan écrit « Hurricane » et remet l’affaire sur le devant de la scène. Explication de texte à lire avec le volume à fond.</p>
    <p><iframe width= »986″ height= »555″ src= »https://www.youtube.com/embed/1FOlV1EYxmg?feature=oembed&width=986&height=1000″ frameborder= »0″ allowfullscreen></iframe></p>

    Pistol shots ring out in the barroom night
    Enter Patty Valentine from the upper hall
    She sees a bartender in a pool of blood
    Cries out my God, they killed them all
    Here comes the story of the Hurricane
    The man the authorities came to blame
    For somethin’ that he never done
    Put in a prison cell, but one time he could-a been
    The champion of the world

    A la manière d’un dramaturge, Bob Dylan plante le décor. Une scène de carnage dans un rade miteux, le Lafayette Bar. Un témoin, Patty Valentine, qui portera plainte contre le chanteur pour diffamation. Plainte rejetée. Et BOUM voilà l’histoire de Hurricane, l’histoire d’un homme condamné à tort, d’un boxeur qui aurait pu devenir champion du monde s’il n’était tombé dans le collimateur d’une justice partisane.

    Three bodies lyin’ there does Patty see
    And another man named Bello, movin’ around mysteriously
    I didn’t do it, he says, and he throws up his hands
    I was only robbin’ the register, I hope you understand
    I saw them leavin’, he says, and he stops
    One of us had better call up the cops
    And so Patty calls the cops
    And they arrive on the scene with their red lights flashin
    In the hot New Jersey night

    Les trois cadavres, ce sont ceux du tenancier et de deux clients. Un nouveau protagoniste fait son apparition : Alfred Bello, un petit délinquant qui se trouvait dans le coin pour commettre un cambriolage et qui sera le principal témoin à charge contre Carter.

    Meanwhile, far away in another part of town
    Rubin Carter and a couple of friends are drivin’ around
    Number one contender for the middleweight crown
    Had no idea what kinda shit was about to go down
    When a cop pulled him over to the side of the road
    Just like the time before and the time before that
    In Paterson that’s just the way things go
    If you’re black you might as well not show up on the street
    &lsquoLess you want to draw the heat

    En 1964, le Civil Right Act a officiellement mis fin à la ségrégation. Mais les plaies restent ouvertes. Et la société secouée par de violentes tensions : certains Etats du Sud refusent d’appliquer la loi alors que certains mouvements de défense des droits des Noirs basculent dans la clandestinité comme les Black Panthers. A partir de 1967, l’opposition à la guerre du Vietnam met le feu aux poudres. Mohamed Ali, champion invaincu des lourds perd sa licence après avoir refusé de rejoindre les rangs de l’armée : « No Vietcong  ever called me nigger ».
    Rubin Carter est bien loin de l’engagement d’Ali, mais il a participé à la marche de Washington avec Martin Luther King en 1963. A nouveau sollicité par le révérend, en 1965, à l’occasion des manifestations dénonçant les discriminations électorales contre les Noirs à Selma, Alabama, il passe son tour de peur de prendre une balle perdue. Reste que Carter entretient une relation tumultueuse avec la police et la justice. Plus jeune, il a passé plusieurs années en maison de redressement dans des conditions infernales. Un enfer qu’il fuira en s’engageant à l’armée. Il y découvrira la boxe devenant champion de l’armée des super-légers, mais fera un bien piètre G.I., multipliant les corvées de patate et autres punitions pour indiscipline. La boxe, il s’y accrochera comme chien à son os, lors de ses nombreux allers-retours en prison. Dans son autobiographie, il raconte : « J’ai poursuivi ma dissection solitaire de la boxe comme un scientifique illuminé examine un microbe. Atteindre les sommets de la compétition professionnelle – voilà quelle était mon ambition. Ainsi, tout le monde verrait comment on peut s’élever tout seul depuis les profondeurs de l’humiliation. »

    Alfred Bello had a partner and he had a rap for the cops
    Him and Arthur Dexter Bradley were just out prowlin’ around
    He said, I saw two men runnin’ out, they looked like middleweights
    They jumped into a white car with out-of-state plates
    And Miss Patty Valentine just nodded her head
    Cop said, wait a minute, boys, this one’s not dead
    So they took him to the infirmary
    And though this man could hardly see
    They told him that he could identify the guilty men

    « >Alfred Bello et son comparse, Arthur Dexter Bradley prétendront avoir vu s’enfuir deux noirs à la carrure de boxeurs, dont Carter. Et feront évoluer leur version au fil des différents interrogatoires. Un autre témoignage sera recueilli la nuit des évènements, celui d’une des victimes, Willie Marins, laissé pour mort et qui perdra un œil dans l’affaire. Transporté à l’hôpital on lui demandera d’identifier les tueurs.</p>

    &ltFour in the mornin’ and they haul Rubin in
    They took him to the hospital and they brought him upstairs
    The wounded man looks up through his one dyin’ eye
    Says, wha’d you bring him in here for? He ain’t the guy!
    Here’s the story of the Hurricane
    The man the authorities came to blame
    For somethin’ that he never done
    Put in a prison cell, but one time he could-a been
    The champion of the world

    Rubin Carter et son ami John Artis sont donc arrêtés par la police au volant de la Dodge blanche du champion et traînés à l’hôpital pour être présentés à Willie Marins. Qui ne les identifiera pas. Pas suffisant pour décourager la police, selon Bob Dylan.

    &ltFour months later, the ghettos are in flame
    Rubin’s in South America, fightin’ for his name
    While Arthur Dexter Bradley’s still in the robbery game
    And the cops are puttin’ the screws to him, lookin’ for somebody to blame
    Remember that murder that happened in a bar
    Remember you said you saw the getaway car
    You think you’d like to play ball with the law
    Think it might-a been that fighter that you saw runnin’ that night
    Don’t forget that you are white

    Dylan fait référence aux tragiques émeutes ayant agité plusieurs ghettos noirs. En août 1965 à Watts puis les années suivantes à Cleveland, San Francisco, Chicago, Newark…&lt
    Quant à Rubin Carter, il a repris le cours de sa carrière, battu aux points par un certain Riveros à Rosario, Argentine. Mais, l’affaire fait son chemin. Dans son autobiographie, il prétend que Dexter, poursuivi pour une série de cambriolages, a négocié l’abandon des poursuites contre un faux témoignage visant à l’inculper. Et dénonce encore une fois une justice inique : « Dans le New Jersey, il est contraire à la loi d’offrir un procès équitable à un homme noir, surtout si cet homme a eu des ennuis auparavant

    Arthur Dexter Bradley said I’m really not sure
    The cops said a poor boy like you could use a break
    We got you for the motel job and we’re talkin’ to your friend Bello
    You don’t wanta have to go back to jail, be a nice fellow
    You’ll be doin’ society a favor
    That sonofabitch is brave and gettin’ braver
    We want to put his ass in stir
    We want to pin this triple murder on him&
    He ain’t no Gentleman Jim

    Rubin Carter, ennemi numéro 1 ? Ce ne serait pas la première fois que l’establishment mettrait tout en œuvre pour faire tomber un boxeur noir à la langue un peu trop pendue.
    Il faut se souvenir de Jack Johnson, premier noir champion du monde des lourds et dynamiteur du mythe de la supériorité de l’homme blanc. Incapable de trouver un boxeur blanc capable de le faire tomber (sorti contre son gré de sa retraite, Jim Jeffries s’y cassera les dents), le Gouvernement Fédéral trouvera la parade en l’accusant d’avoir voyagé dans un train en compagnie d’une prostituée, également sa maîtresse, et donc d’avoir enfreint la législation contre la traite des Blanches. Résultat : condamné à la prison, il choisit la fuite et l’exil.

    Rubin could take a man out with just one punch
    But he never did like to talk about it all that much
    It’s my work, he’d say, and I do it for pay
    And when it’s over I’d just as soon go on my way
    Up to some paradise
    Where the trout streams flow and the air is nice
    And ride a horse along a trail
    But then they took him to the jailhouse
    Where they try to turn a man into a mouse

    Bon là, Bob n’y va pas avec le dos de la cuillère  pour plaider la cause de son poto Rubin. On ne peut pas dire que Carter corresponde au portrait robot du pacifiste friand de ballades en forêt. Sa vie, c’est plutôt une succession d’allers-retours en taule, de coups sur et en-dehors du ring et une rage qu’il admet lui-même avoir du mal à maîtriser. Le produit d’une époque, en somme. Et un boxeur assez lucide sur lui-même : « Frapper vite, frapper fort, tel était mon état d’esprit ».

    All of Rubin’s cards were marked in advance
    The trial was a pig-circus, he never had a chance
    The judge made Rubin’s witnesses drunkards from the slums
    To the white folks who watched he was a revolutionary bum
    And to the black folks he was just a crazy nigger
    No one doubted that he pulled the trigger
    And though they could not produce the gun
    The D.A. said he was the one who did the deed
    And the all-white jury agreed

    Pour Dylan, le verdict du premier procès Carter (1967) est l’expression des préjugés d’une société raciste et ségrégationniste. Une société pour qui l’homme noir reste une menace. Une société qui n’a pas digéré l’affaire Rosa Parks et le boycott des bus de Montgomery, Alabama, qui n’a pas su entendre les discours réconciliateurs de Martin Luther King et qui, maintenant, tremble devant la radicalisation des Black Panthers.

    Rubin Carter was falsely tried
    The crime was murder one, guess who testified
    Bello and Bradley and they both baldly lied
    And the newspapers, they all went along for the ride
    How can the life of such a man
    Be in the palm of some fool’s hand
    To see him obviously framed
    Couldn’t help but make me feel ashamed to live in a land
    Where justice is a game

    Dylan persiste et signe : selon lui, Carter a été condamné par un jury raciste et sur la foi des témoignages de deux escrocs.

    Now all the criminals in their coats and their ties
    Are free to drink martinis and watch the sun rise
    While Rubin sits like Buddha in a ten-foot cell
    An innocent man in a living hell
    That’s the story of the Hurricane
    But it won’t be over till they clear his name
    And give him back the time he’s done
    Put in a prison cell, but one time he could-a been
    The champion of the world

    Avec « Hurricane », Bob Dylan replace le sort de Rubin Carter sous le feu des projecteurs. Le mouvement de soutien à l’ancien champion se structure : deux concerts, La Nuit de l’Ouragan I, en présence de Mohamed Ali, et La Nuit de l’Ouragan II, sont organisés pour lever des fonds. Suffisant pour lancer un recours qui débouche sur un nouveau procès.
    Bob-Dylan-Rubin-Carter-bob-dylan-20977054-1147-819
    Mais, en décembre 1976, Rubin Carter est à nouveau condamné à la prison à vie. Il faudra attendre l’intervention d’un jeune avocat, Lesra Martin, lui aussi convaincu par la lecture du 16<sup>ème</sup> round pour que Carter soit enfin libéré en 1985. Il profitera de sa liberté retrouvée pour s’engager au sein de l’ADWC (Association in Defence of the Wrongly Convicted ou Association de Défense des Condamnés à Tort). Rubin « Hurricane » Carter est mort des suites d’un cancer à la prostate le 20 avril 2014 à Toronto.

    • Ce sujet a été modifié le il y a 2 mois et 3 semaines par  LK.
    • Ce sujet a été modifié le il y a 2 mois et 2 semaines par  LK.
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